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Mercredi 21 Février 2018 / 6 AdarI 5778
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  HISTOIRE
Numéro 1277 - 22.01.2018 - 6 Shevat 5778 

Le Chupchik qui fait disparaître 700 immigrants juifs
par Gerard Fredj
L'histoire d'un bateau fantôme, transportant plus de 700 immigrants juifs clandestins vers la Palestine mandataire vient de trouver son épilogue. Elle remet en question une histoire enseignée depuis soixante-quatorze ans.



Tout a commencé en mars 1939.
L'Astir, navire d'immigrants juifs illégaux, affrété par le mouvement de jeunesse Betar, est ancré dans le port de Reni, en Roumanie.
Parmi les 724 immigrés juifs qui embarquent, environ 470 proviennent de Dantzig, 250 sont originaires de Roumanie et le reste est constitué de réfugiés d'Autriche et d'Allemagne.

Le 6 mars, le navire, surpeuplé, lève l'ancre et commence un voyage long et mouvementé vers la Palestine mandataire.
Dix jours plus tard, l'Astir est en vue de Rishon Letsion, au sud de Tel-Aviv.

Contraint de rebrousser chemin, il tente néanmoins de s'approcher à nouveau de la rive mais est arraisonné par les garde-côtes britanniques le 2 avril, la veille de Pessah.

Escorté jusqu'au port de Haïfa, il accoste le temps de débarquer les passagers malades. Quatre jours plus tard, le navire et tous les autres passagers sont renvoyés vers le large.
L'Astir atteint la Grèce et navigue le long des côtes avant de tenter une nouvelle approche vers Ashkelon le 28 Juin.

Débarqués à terre dans un voilier et d'autres petites embarcations, les immigrants sont immédiatement arrêtés par la police britannique et emmenés dans des camps de détention à Bat Galim et Tzrifin avant d'être libérés quelques jours plus tard.
Les membres de l'équipage de l'Astir sont jugés et condamnés à des peines de prison.
Néanmoins, les journaux de l'époque ont salué l'arrivée des nouveaux immigrants.

"Réveillez-vous car aujourd'hui vous êtes né !", titrait ainsi en hébreu le quotidien Davar, signalant l'arrivée d'un des passagers du navire à Tel-Aviv au début du mois de juillet.
L'Astir a bel et bien existé et fait partie de l'histoire mythique de l'immigration clandestine en Palestine, figurant en bonne place dans les manuels traitant de ce sujet.

Mais en avril 1939, lorsque les journaux mentionnent l'ancrage à Haïfa, ils parlent d'un autre navire l'ASTIA, qui devient petit à petit une embarcation en elle-même, avec ses propres passagers clandestins. Il a suffi pour cela qu'au rech hébraïque ר se rajoute une tout petite barre verticale transformant la lettre en hé ה.
Dans les reportages suivants mentionnant l'arrivée du navire en juin à Ashkelon, il est à nouveau question de l'Astir.

Plus tard, lorsque des listes et des tableaux ont été recomposés pour récapituler et chiffrer l'immigration juive clandestine en Palestine sous mandat britannique, le bateau a été recensé deux fois, une fois en tant qu'Astia arrivé en avril à Haïfa, une seconde fois en tant qu'Astir débarquant ses passagers au large de la côte d'al-Majdal (Ashkelon) en juin.
Au fil du temps, ces graphiques intégrés tel quels dans les documents et publications officiels tels que l'Atlas de l'histoire de la Haganah, le site Internet de l'immigration clandestine et le Musée de la Marine de Haïfa, tous se référant bel et bien toujours à deux navires distincts, l'Astir et l'Astia.

Mais un chercheur s'est livré, dans le cadre d'un projet conjoint avec l'Université de Tel Aviv et la Bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale d'Israël, à une étude sérieuse et approfondie comprenant un examen de la presse juive et non-juive de l'époque ainsi que des documents du gouvernement britannique et d'autres sources. Il a pu ainsi consulter des journaux qui n'étaient auparavant pas accessibles.

Il est ainsi arrivé à la conclusion logique qu'un "chupchik" (un mot familier en hébreu pour désigner tout objet minuscule) a fait irruption dans l'Histoire faisant de l'Astia, une fiction officielle.

Le "chupchik" en question se résumant à un faute typographique.
699 juifs clandestins se retrouvent d'un coup rayés des listes officielles des immigrants ayant gagné la Terre promise dans les années d'avant-guerre.
Le rédacteur, qui a publié ses travaux sur l'encyclopédie participative Wikipédia, s'est identifié comme le "chercheur 158a" et a suscité parmi les rédacteurs israéliens un vrai débat.

Une controverse qui s'est terminée récemment par un événement plutôt rare: la suppression d'une entrée. Ce qui somme toute sur Internet n'est pas si compliqué à faire.
Encore faudra-t-il que les livres d'histoire, les atlas et les publications officielles fassent eux aussi peau neuve.

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Le journal video (en anglais)