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Dimanche 23 Septembre 2018 / 14 Tishri 5779
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  IRAN
Numéro 1277 - 22.01.2018 - 6 Shevat 5778 

Ce qu'ont vraiment représenté les dernières manifestations en Iran
par Sarah Cohen
Ce qui a débuté le 28 décembre comme une manifestation contre les prix élevés des produits alimentaires de base dans la ville de Mashhad, au nord du pays, a essaimé en protestations de masse dans tout le pays, qui ont rassemblé plusieurs centaines de milliers de manifestants.

Cette semaine, plus de 20 manifestants ont été tués, le pouvoir iranien a fait procéder à des centaines d'arrestations; selon des commentateurs iraniens indépendants, il s'agit
de "la crise intérieure la plus sérieuse que le pays a connu cette décennie".
Peu à peu, les protestations ont glissé des questions économiques à des sujets plus existentiels concernant le gouvernement islamique.

Des centaines de milliers de manifestants ont ainsi scandé leur "refus de la république islamique", rappelant même la mémoire de Reza Shah, le réformateur politique et laïc qui a ouvert l'Iran à l'occident et modernisé le pays à marche forcée – il est également le père du dernier Shah d'Iran, Muhammad Reza Shah, renversé par la révolution islamique de 1979.

Selon des médias spécialisés, des femmes, les femmes - telles que Maryam Radjavi - sont à l'avant-garde des protestations (et rejettent symboliquement les obligations islamiques en retirant publiquement leurs hijabs).
Le régime iranien lui aussi perçoit les troubles actuels comme une révolte contre l'islam. Dans ses commentaires après les premières manifestations, le guide suprême, l'ayatollah Khamenei, déclarait : "Tous ceux qui s'opposent à la République islamique ... ont uni leurs forces pour créer des problèmes à la République islamique et à la révolution islamique".
Ainsi, officiellement, les médias autorisés en Iran considèrent la pauvreté et la frustration croissantes comme les uniques causes des troubles.

Dans le référentiel de compréhension des mollahs, l'islam n'est pas une "chose spirituelle", mais plutôt un système de gouvernance imprégnant totalement la vie privée, la vie publique –et sociale-.
Et les manifestations qui se sont déroulées en Iran, tout en tournant ostensiblement autour des questions économiques, sociales et politiques, sont finalement des protestations contre les enseignements islamiques sur ces mêmes sujets, des enseignements que la République Islamique d'Iran a imposé à la population depuis son arrivée au pouvoir en 1979.

Il suffit pour s'en convaincre de s'arrêter sur le nouveau slogan de ralliement d'une bonne partie des protestataires : «mort au dictateur» - c’est-à-dire le "guide suprême", l'ayatollah Ali Khamenei lui-même.
Par nature, la loi islamique - sunnite ou chiite - appelle un régime dictatorial.
Tant que le calife, le sultan ou l'émir gouverne la société selon la charia, les musulmans doivent lui obéir, même s'il est un personnage méprisable, corrompu et/ou cruel.
Après avoir examiné un certain nombre de jugements islamiques d'exégètes faisant autorité, Ayman al-Zawahiri, le chef d'Al Qaïda, écrit: "pour résumer: Il est interdit de renverser un tyran, mais c'est un devoir de renverser un infidèle. Si le dirigeant est despotique, il est interdit pour un musulman de rallier d'autres musulmans afin de le condamner, car s'ils le font, alors ils deviennent des agresseurs et iil incombe au sultan de les combattre (The Al Qaeda Reader, p. 122).

En réalité, la fracture sociale, la fracture économique actuellement contestées - du statut de la femme à l'interdiction de toute forme d'expression critique de l'Islam, de son prophète et de son représentant sur terre – sont prescrites par la loi islamique, faisant ainsi des manifestants "des agresseurs".

Il n'est pas indifférent que ces troubles éclatent à un moment où l'Iran –en tout cas son gouvernement- s'est "brutalement" enrichi, après l'accord signé sur le nucléaire avec les pays occidentaux (reprise des exportations de pétroles, de matières premières, etc).
La population n'a en rien bénéficié de cette embellie, l'essentiel de cette manne servant encore à financer le Hezbollah (actuellement l'organisation terroriste la plus riche au monde selon le magazine économique Forbes) et le Hamas (troisième organisation la plus riche) – contre Israël, le "Grand Satan" selon les mollahs de la république islamique.
Le droit de manifester est tellement ancré dans les acquis politiques et sociaux dans les pays occidentaux qu'on pourrait être tentés de sous estimer l'importance et la portée des manifestations qui se sont déroulées en Iran.
Leur ampleur - en dépit des "risques physiques" encourus par les protestataires – en dit long sur le degré d'exaspération des manifestations à l'égard du gouvernement et de la loi islamique.

Selon le chef de la Cour révolutionnaire de Téhéran, les manifestants incriminés pourraient encourir à des peines allant jusqu'à la peine capitale lorsqu'ils seront jugés.
"Une des charges retenues pourrait être "Moharebeh" (muḥārib) ou "celui qui fait la guerre à D.ieu", ce qui est puni de mort en Iran"
Ce délit suprême, Moharebeh est précisément ce à quoi Al-Zawahiri, le leader d'Al Qaïda faisait référence dans l'extrait ci-dessus: la seule raison légitime de renverser un dirigeant islamique est son échec à gouverner selon l'islam – ce dont Khamenei et son régime peuvent difficilement être accusés.
Chercher à les renverser est donc un crime qui relève de la peine de mort.

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Le journal video (en anglais)