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Mardi 18 Décembre 2018 / 10 Tevet 5779
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Numéro 1277 - 22.01.2018 - 6 Shevat 5778 

Mahmoud Abbas : mauvaises perspectives, mauvaises alternatives
par E-M Chemla
Malgré la rhétorique enflammée de son dernier discours, Mahmoud Abbas est peu enclin à clore toute idée d'un processus menant à une paix à deux états – et à préférer d'autres options telles que la lutte armée ou le risque islamiste.

Le 14 janvier, le président de l'Autorité Palestinienne prononçait un discours devant le Conseil Central de l'OLP, qui contenait des attaques violentes contre les USA et Israël –à la suite de la décision du Président Donald Trump de transférer l'ambassade américaine à Jérusalem- et signifiant la fin de la participation palestinienne à des pourparlers de paix directs qui impliqueraient Washington.

Mais tous les analystes s'accordaient les jours suivants à penser que les options diplomatiques de l'Autorité palestinienne(AP) avant ces incidents diplomatiques persisteront.
En particulier, on peut s'interroger sur la réalité des commentaires marquent la fin de l'implication de l'AP dans une solution à deux États au profit d'options plus radicales.

Tout le parcours d'Abbas est ancré à l'approche de la coexistence de 2 états, même si on peut légitimement s'interroger sur son refus, au dernier moment, de l'initiative de paix Olmert de 2008 ou son silence obstiné face aux demandes de reprise de dialogue Washington en mars.
Il est pourtant clair que les solutions de rechange au modèle à deux États - islamisme, lutte armée ou «solution» à un seul État - sont des impasses pour Mahmoud Abbas, qui le sait.
Abbas déteste les islamistes, notamment parce qu'ils ont essayé de l'éliminer après le coup d'état du Hamas à Gaza en 2007.

Les récents pourparlers de réconciliation –entre l'AP et le Hamas- palestinienne achoppent depuis des années sur la question des armes de la milice islamiste,.
Abbas ne continue sur le chemin de la réconciliation qu'en raison de la pression égyptienne mais il considère aujourd'hui qu'une reprise en main de l'administration de la bande de Gaza relèverait plus d'un piège que d'une opportunité politique.
Et comme il ne veut pas remettre les clés du mouvement national palestinien au Hamas, il s'oppose à la demande du Hamas d'intégrer l'OLP.
Pour ce qui concerne la lutte armée contre Israël, rien ne l'a fait renoncer à l'analyse selon laquelle la militarisation de l'intifada de 2000 à 2004 état une grave erreur –mettant ainsi en cause les analyses et décisions de Yasser Arafat, personnellement impliqué dans les décisions.

Pour Abbas, la puissance militaire israélienne, tout comme les capacités de résilience de la société israélienne rendent illusoire la lutte armée, tout en affaiblissant considérablement le camp de la paix israélien.
Bien qu'il soit très critiqué en Israël pour la glorification des auteurs d'actes terroristes, aucun responsable de la sécurité israélien ne pense qu'il encourage ou soutien le terrorisme ou la violence contre l'état hébreu sur le plan opérationnel.. Tout est affaire de rhétorique.

La troisième option brandie par le président palestinien, celle d'un seul état, est encore moins réaliste, et Abbas est politiquement trop expérimenté pour l'ignorer: il ne peut imaginer que les israéliens renonceraient au sionisme pour choisir la création d'un seul État binational israélo-palestinien. Il peut être utile, sur le plan de la rhétorique, de menacer les israéliens de s'orienter vers cette option, mais ses conseillers confirment qu'il sait que ce n'est pas réaliste.
Il y a quelques jours, le conseil central palestinien recommandait de revenir sur la reconnaissance d'Israël.
Une déclaration spectaculaire et …totalement irréaliste- ce que savent les palestiniens : cette option reviendrait à faire table rase des accords d'Oslo qui donnent au gouvernement palestinien à la fois sa légitimité internationale …et un soutien financier mondial dont il ne peut se passer.

Abbas est enfin bien seul dans le monde arabe : dans son adresse aux états arabes, les critiques étaient bien réelles, notamment à travers une attaque à peine voilée d'Abdullah bin Zayed, le ministre des affaires étrangères émirati, qui estimait que les réactions palestiniennes à la décision de Donald Trump étaient "peu importantes"; ce qui avait entraîné une protestation immédiate de Riyad al-Maliki, le ministre palestinien des Affaires étrangères, pour qui "il était difficile de protester lorsque les Etats arabes interdisent les manifestations pro-palestiniennes". Abbas sait qu'i; n'a rien à attendre de ce côté.
Face à cette palette d'options irréalistes –ou mauvaises – Abbas sera obligé de faire contre mauvaise fortune bon cœur, et de revenir publiquement à la solution d'un processus de paix débouchant sur la coexistence de deux états.
Les états arabes ont déjà fait savoir que cela restait leur préférence.

Abbas, qui dans le passé a, en permanence, ignoré les recommandations du conseil central palestinien, dispose des pouvoirs lui permettant d'ignorer dans quelques temps celle quiu consiste à revenir sur la reconnaissance d'Israël.
La question est de savoir comment il reviendra-ou parviendra à – sur cette solution, tout en refusant de rencontrer les américains, ou en leur refusant le statut de médiateur.

Le 22 janvier 2018, il tiendra une réunion prévue de longue date avec les ministres européens des Affaires étrangères, à Bruxelles.
Il s'agissait au départ, pour les européens, d'assurer à Abbas une tribune après l'invitation du Premier ministre Benjamin Binyamin Netanyahu en décembre devant le Conseil européen. Abbas évitera ainsi de croiser dans la région Mike Pence, le vice-président américain; il n'aura ainsi pas à refuser de le rencontrer.
Les européens devraient réitérer leur soutien sans réserve à une solution à deux états, alors que l'administration Trump se contente d'affirmer qu'elle la soutiendra seulement si israéliens et palestiniens font de même.

L'autre enjeu de la visite d'Abbas en Europe sera de savoir si il demandera au Vieux Continent un financement supplémentaire en faveur de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies (le très controversé UNRWA) alors que l'administration américaine vient de couper la moitié de la première tranche de son aide –en attendant, peut être, de la suspendre totalement. (ou de ne faire de cette décision qu'un effet tactique, et de libérer totalement cette aide dans quelques mois).

Au niveau international, il est fort probable qu'Abbas cherchera – pour la "galerie"- à obtenir de nouvelles résolutions, de nouvelles condamnations d'Israël devant l'Assemblée générale des Nations Unies (et non devant le Conseil de sécurité) tout en sachant que les résolutions de l'assemblée générale n'ont qu'un impact très limité.
Ainsi, il reste à interpréter la portée politique du discours du Président de l'AP comme étant uniquement une "frappe préventive" à l'égard d'Israël mais surtout de Donald Trump et de l'administration américaine, lui refusant désormais le statut de médiateur traditionnel de la paix au Moyen Orient. Pendant un certain temps, on jouera le jeu des reproches mutuels.

Et tout le monde se satisfera du maintien dans les lieux de l'Autorité palestinienne et de la poursuite de la coopération israélo-palestinienne en matière de sécurité.
Pour Abbas, il s'agit désormais de "nager" jusqu'aux prochaines élections israéliennes (au plus tard à l'automne 2019) mais le chemin jusqu'à "sa" terre promise s'éloigne encore un peu plus.

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Le journal video (en anglais)